• Partie 2 : Floraison

    A l'extrémité de mon champ de vision, une tache flou s'agite. Je la voie fondre vers moi, se retournant et tourbillonnant. Je l'évite facilement puis me replace, prête à bloquer un nouvel assaut. Justement, mon adversaire me charge, avant de glisser sous mon corps. Mais je connais bien cette attaque, et je saute au dernier moment, juste avant que l'ennemi ne m'éventre. Un autre chat entre soudain dans mon champ de vision. C'est Poil de Blizzard, mon mentor. Il se bat contre une chatte noire, particulièrement féroce. Il vient à côté de moi, et nous nous retrouvons dos à dos.

    • Nuage de Pavot, fais attention à cet adversaire : il utilise des attaques dangereuses !

    Pour ne pas perdre de temps, je lui répond brièvement.

    • Oui, j'ai vu !

    Je me reconcentre sur mon combat et évite un coup de patte, avant de bondir sur mon ennemi. Je plante mes griffes dans son poitrail, et tire violemment. Le matou pousse un hurlement et s'enfuit, la fourrure ensanglantée. Je me retourne pour voir qui a besoin d'aide. Mais dans ce combat, ce n'est pas facile de savoir qui est ami, et qui est ennemi. Je m'essuie les yeux, pour enlever le sang qui m'empêche de voir. Je vais m'élancer dans la mêlée, mais au même moment, quelqu'un me percute. Ma vision se trouble un instant, puis je reprend mes esprits. Je regarde qui m'a bousculé, et mon regard se pose sur deux chat. Je tente de les reconnaître, mais ils combattent au corps-à-corps, se qui ne me facilite pas la tache. L'un est brun foncé, et l'autre me parais être blanc et roux. Les combattants roule dans la poussière, et je ne peux que les regarder. Le brun a le dessus, et il jette son adversaire au sol. Je m'aperçois maintenant que le chat n'est pas roux, mais blanc : c'est Étoile du Nord, mon chef !

    Je me précipite pour intervenir, mais le matou brun est plus rapide. Il retourne Étoile du Nord, et l'éventre d'un geste rapide et précis.

    • Non !

    J'entends un cri et je me retourne. Nuage de Pissenlit me dépasse à toute vitesse, et saute sur le chat brun. Celui-ci, surpris, tombe avec mon camarade. Je fait confiance à Nuage de Pissenlit, mais je sais que contre un adversaire pareil, il n'a aucune chance. Je m'élance à son secours, et je suis vite rejoint par Poil de Blizzard. Mais avant de pouvoir nous engager dans le combat, Plume Céleste, notre lieutenante, sonne la retraite. Le chat brun relâche Nuage de Pissenlit et le regarde partir d'un air satisfait.

    Sur le chemin du retour, tout le monde est silencieux. Cette bataille contre le Clan du Hérisson n'en valait pas la peine, surtout quand on pense qu'elle a été déclenchée à cause d'une histoire de patrouilles trop fréquentes. Nuage de Pissenlit marche à mes côtés. Je me demande ce qu'il doit ressentir : de la tristesse ? de le honte ? de la colère ? Moi, je ne ressent rien. C'est une impression étrange, être vide, sans pouvoir comprendre ceux qui m'entoure. Je me suis habituée à cette impression ; ça me paraît rassurant, de toujours réfléchir avant d'agir, et de ne jamais prendre de décision à la légère, en mesurant chaque conséquence... Mais en même temps, je sais que je ne pourrais jamais être comme les autres, je ne pourrais pas vivre dans cette condition. Il me manque quelque chose, et je suis incapable de continuer à vivre comme ça. Pourquoi est-ce que je suis différente ? Pourquoi moi ? Pourquoi moi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi !

     

    Nous arrivons au camp. Nuage de Pissenlit, l'air abattu, va immédiatement dans la tanière des apprentis. Au même moment, Plume Céleste grimpe en haut de la montée, et appelle au rassemblement. Elle attend que le silence s'instaure, puis prend la parole.

    • Chats du Clan du Cerisier ! Lors du combat contre le Clan du Hérisson, notre chef a été tué par le meneur du camp adverse. En tant que lieutenante, ce soir, j'irais dans la montagne pour recevoir mon nom de chef et mes neuf vies. Pour le moment, restaurez-vous. Nous ferons payer le Clan du Hérisson bien assez tôt. Mais avant de partir, j'ai encore quelque chose à faire. Nuage de Pissenlit et Nuage de Pavot ont été courageux pendant la bataille, et ils sont maintenant apte à recevoir leurs noms de guerrier.

    Plume Céleste se tourne vers moi, puis récite les paroles coutumières :

    • Nuage de Pavot, tu as bien combattue aujourd'hui, et tu a su faire preuve de sang froid. Alors je souhaite te nommer guerrière. Poil de Blizzard, appelle la nouvelle meneuse. Juge-tu ton apprentie capable d'assumer ses taches de guerrière ?

    Mon mentor acquiesce, visiblement fier de moi.

    • Nuage de Pavot, promet tu de servir ton clan jusqu'à ta mort ?

    • Oui !

    • Alors je te donne ton nom de guerrière : à compter de ce jour, tu t'appellera Aile de Pavot !

    Tout le clan m'acclame, et pour ne pas paraître impolie, je me force à sourire. C'est étrange de faire semblant de ressentir une émotion, surtout quand c'est de la joie...

    Soudain la voie de Plume Céleste me tire de mes pensées.

    • Nuage de Pissenlit, approche.

    Mon camarade vient du dernier rang. Je ne l'avais pas vu sortir de la tanière. Il s'avance pour être à côté de moi.

    • Nuage de Pissenlit, reprend Plume Céleste. Tu as montré ton courage et l'étendue de ta maîtrise du combat, alors je pense que tu peux devenir un guerrier à ton tour. Es-tu de mon avis Pierre Polie ?

    • Je le suis, Plume Céleste, répond le mâle gris.

    • Alors, Nuage de Pissenlit, jure-tu de défendre ton clan même au péril de ta vie ?

    Mon camarade relève la tête, et regarde la lieutenante droit dans les yeux.

    • Je le jure !

    • Alors par les pouvoir qui me viennent de nos ancêtres, je te nomme Poil de Pissenlit. Nous avons deux nouveaux guerriers qui se battent à nos côtés, nous vaincrons le Clan du Hérisson !

    Plume Céleste se retire dans l'antre de son prédécesseur, laissant le clan entier nous acclamer, Poil de Pissenlit et moi. Mais mon camarade n'a pas l'air joyeux. Il paraît un peu triste, et en colère aussi. Et il a autre chose que je ne comprends pas. En fait je ne comprend rien de tout ce qu'il peut ressentir. Et ça m'énerve. Enfin, pas vraiment, car je ne sait pas ce que c'est que l'énervement, pas si je devait ressentir quelque chose à ce moment là, ce serait de la frustration et de la colère.

    Poil de Pissenlit part dans la tanière des guerriers et je le suis. On ne se blotti pas l'un contre l'autre, comme on avait l'habitude de la faire avant, mais on se couche néanmoins à côté. Et c'est en gardant cette pensée que je m'endort, bercée par la respiration de Poil de Pissenlit.


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